© Cyril Cosson

Déborah Salazar

Soprano
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Quand tu construis un rôle, que cherches-tu en premier ?
Le lien entre le texte et la mélodie. Le lien entre la mélodie et l’harmonie, les leitmotiv et les contrepoints en lien avec le texte. Tout est écrit. Notre rôle c’est d’apprivoiser le compositeur et le librettiste, de ressentir leur logique et de forger un lien sécurisant et cohérent qui aide à adhérer corps et âme à leur message.
Est-ce que certains rôles te transforment plus que d’autres?
Les rôles principaux avec une profondeur et une évolution dramaturgique, ou ceux avec une couleur harmonique et orchestrale en accord avec la finesse du texte.
Comment ton expérience à l’Académie de l’Opéra-Comique nourrit-elle ton approche de ce répertoire?
J’apprends à user de plus de ductilité, à trouver des couleurs vocaliques plus subtiles en lien avec le texte et à user de clarté. La prosodie conduit la musicalité. Elle est prépondérante dans la hiérarchie technique.
© Cyrille Cauvet
Te sens-tu la même artiste en récital qu’à l’opéra?
En récital, nous avons une grande responsabilité, car il faut amener le spectateur d’un univers à l’autre en peu de temps et sans l’appui de la scénographie. Je dois être très agile et donner rapidement une ambiance claire et caractérisée. On perd peut-être en gradation et en subtilité de ce fait, mais c’est un challenge intéressant. Il faut user de beaucoup d’imagination et être un moteur puissant pour créer cela uniquement à deux.
Et en même temps, cela peut donner lieu à une connexion intime forte et une expérience privilégiée pour le public. L’opéra est une aventure beaucoup plus collective. On est très interdépendants les uns des autres et on se nourrit des forces de chacun. C’est ce que je préfère : me laisser inspirer sur le moment et jouer des surprises que nos partenaires, en coulisses et sur scène, nous réservent à l’instant. Il y a un peu de chacun dans chaque scène et chaque personnage, et c’est ce qui rend l’expérience si riche et généreuse pour le public.
Tu participes cette année au Wigmore French Song Exchange : peux-tu nous parler de cette expérience ?
Nous donnerons au mois de juin deux récitals, un à la Salle Cortot et un à Wigmore. Nous avons des sessions mensuelles à Wigmore depuis le mois de novembre avec Felicity Lott et François Le Roux, qui sont de grands spécialistes de la musique française et des spécificités stylistiques de chaque compositeur. Travailler dans l’écrin de cette salle, à l’acoustique spécifiquement pensée pour ce répertoire, est une grande chance pour sculpter notre répertoire.

Les Anglais ont beaucoup à nous apprendre de notre répertoire pour la sensibilité et l’attention au sous-texte du piano. Le fait que les participants viennent de plusieurs pays anglophones et francophones est très émulateur pour confronter les traditions et s’en inspirer.

© Jean Fleuriot
Qu’est-ce qui se joue pour toi dans les instants juste avant d’entrer sur scène ?
Je me concentre sur mes objectifs, je me connecte à ma lumière, aux personnes que je veux toucher ce soir et qui me font du bien. C’est le meilleur moyen d’oublier la peur. Je m’aligne et je me mets dans mon personnage. Je plonge dans la musique et le texte et je m’immerge dans la chance que j’ai d’être au cœur de cette belle matière.
Et une fois sur scène, te sens-tu plutôt protégée… ou au contraire exposée ?
Excitée, extatique, parfois très calme au contraire. Rien ne peut m’arriver si je suis bien préparée. Tout devient joie alors. Je suis invincible et je suis portée par ce qui m’entoure. Et si mes collègues sont en difficulté, j’envoie du soutien et de l’amour, et je m’efforce d’être encore plus solide et lumineuse pour les aider à se relever. Et ça, ça soude et ça crée une émotion palpable quand on se ressaisit ensemble et qu’on remonte la pente à deux. Il faut toujours tendre la main, y compris à soi-même.
Tu intègres le Lyon Opéra Studio pour deux saisons : qu’est-ce qui change concrètement quand on entre dans une telle structure ?
Je vais être sur scène toute l’année dans toutes les productions, avec plusieurs rôles principaux. Je vais avoir énormément de travail et peu de temps de préparation. L’anticipation, l’organisation, l’endurance, le renouveau rapide de l’inspiration, la régénération rapide… c’est la meilleure façon de me préparer à une carrière internationale exigeante.

La coach vocale et la cheffe de chant sont fantastiques, et je sais que je vais pouvoir progresser sur les répertoires slaves et ouvrir encore plus ma voix. Travailler aux côtés de grands chefs, chanteurs et metteurs en scène sera un nouvel échelon de progression artistique personnelle et d’épanouissement de carrière, pour viser plus haut et un jour être appelée à travailler avec ce niveau de professionnalisme dans de grandes maisons internationales, mais cette fois en free-lance.

C’est tout le mal que je me souhaite, et je sais que le studio de Lyon est le parfait tremplin pour ces ambitions. Maintenant, à moi de bosser et de le mériter !

© Édouard Brane

Que signifie être artiste pour toi aujourd’hui ?

La même chose qu’il y a 1000 ans : toucher les cœurs, catharsiser, transmettre de la sagesse, apaiser les haines, fédérer, relier, unir, vibrer à l’unisson. Être l’orfèvre de son art avec la même exigence, rigueur, abnégation et discipline que le grand débutant, et l’envie de découvrir et d’expérimenter. Ne jamais rien prendre pour acquis, car c’est là que la chute s’amorce.

Savoir charmer, se livrer juste ce qu’il faut via de nouveaux médias (RS), être opportuniste pour mobiliser des ressources financières pour des projets réellement importants et nécessaires pour le public et la société (banques, mécènes, subventions). L’art est le rempart de la guerre. C’est là que l’argent devrait aller en priorité, et c’est à cela que je milite. Être un citoyen à l’écoute du monde et anticiper les désirs et besoins des gens qui nous entourent en coulisses et dans la salle. Tête froide, cœur chaud, et donner de l’amour.

Se protéger et ne pas vouloir aller trop vite. Durer est plus important, car dans une société très rapide, la patience est mise à rude épreuve. Mais ce métier doit pouvoir être pérenne, et on ne laisse pas de trace dans l’histoire et dans les cœurs si on fait une carrière éclair. Bien choisir ses rôles, sa trajectoire, les personnes qui nous entourent. Rêver tout en gardant les pieds sur terre.
Quels sont tes projets à venir ?
Mademoiselle Lange dans La Fille de Madame Angot à l’Opéra de Lyon
Lisette au TCE dans La Rondine, avec notamment Pene Pati
Solveig dans Peer Gynt à l’Opéra de Lyon
Plusieurs petits rôles et un récital solo à l’Opéra de Lyon
Un récital solo à l’Opéra de Bordeaux
Le cover de Lucrezia Borgia à l’Opéra de Lyon
Un rôle dans la production de réouverture à l’Opéra-Comique
Un projet d’enregistrement… je n’en dis pas plus pour l’instant, c’est en préparation…
03/05/2026