Anna Giorgi
C’est une école où l’on peut s’épanouir pleinement, portée par une exigence qui va de pair avec la passion.
À peu près à la même époque, j’ai eu la chance de rencontrer une professeure de piano qui m’a initiée très tôt à l’accompagnement. Elle m’a sensibilisée à cette discipline, dont on mesure rarement toute la richesse.
Ce qui me passionne le plus dans le travail avec la voix, c’est le rapport intrinsèque avec le texte, le fait de pouvoir analyser le choix du poème et de sa mise en musique par le compositeur, mais aussi la plasticité que peut apporter la voix sur la musique. C’est un rapport très naturel et organique, constamment guidé par le souffle et la parole.
C’est aussi une grande source d’inspiration pour nous en tant que pianiste, qui cherchons sans cesse à retrouver, sur un instrument mécanique et percussif, la souplesse et le lyrisme de la voix.
Quelle que soit la pratique, je dirais que l’exigence envers l’instrument et la qualité du son reste identique. C’est plutôt l’approche et la relation à l’autre qui peuvent être différentes.
En tant que soliste, le rapport à la liberté est différent : on assume seul chaque choix d’interprétation.
Être partenaire de Lied est un vrai travail de musique de chambre. Il y a plus de discussions, chaque membre du duo apporte ses inspirations, ses choix et ses envies.
C’est une approche qui développe beaucoup l’imaginaire sonore, et qui est très utile et intéressante à reproduire en tant que pianiste et chambriste.
Ces différentes pratiques se nourrissent constamment les unes des autres. C’est parfois un défi de trouver un équilibre entre elles, mais c’est précisément ce qui rend ce métier si passionnant.
Pour qu’un duo s’inscrive dans la durée, je pense qu’il est essentiel de partager des valeurs humaines communes. C’est ce qui permet de conserver le même plaisir à travailler ensemble, parfois pendant des heures. La manière de travailler est tout aussi importante : partager le goût du texte, l’attention au détail, la curiosité pour le répertoire, mais aussi une même exigence.
En même temps, il est indispensable que chacun conserve sa personnalité et son propre regard sur la partition. C’est de ce dialogue, parfois de ces désaccords, que naissent les choix d’interprétation les plus intéressants. On ne cherche pas à penser de la même manière mais à construire une vision commune à partir de nos sensibilités respectives.
La répétition est un temps que j’apprécie particulièrement. C’est là que l’on cherche, que l’on doute, que l’on change d’avis. L’interprétation ne naît pas toujours d’une intuition immédiate, mais d’un véritable échange.
Avec le temps, la confiance s’installe et l’écoute devient plus instinctive. On apprend à anticiper les intentions de l’autre, notamment lors des concerts, et l’on ose davantage prendre des risques ensemble. C’est sans doute ce que je préfère : voir naître, au fil des années, une manière de jouer qui n’appartient qu’à cette rencontre.
J’ai également été très sensible au programme du concert, conçu avec une véritable réflexion artistique. Son accessibilité, la cohérence du parcours proposé au public et le soin apporté à la mise en espace témoignaient d’une réelle volonté de créer une expérience de concert vivant et engageant.
J’ai aussi apprécié la place accordée aux pianistes, considérés comme de véritables partenaires artistiques.
Il accompagne le chanteur à chaque étape de la construction d’un rôle, aussi bien sur les questions musicales que stylistiques, linguistiques ou dramaturgiques.
Son regard complémentaire est indispensable, car les sensations du chanteur ne correspondent pas toujours à ce qui est perçu depuis la salle.
C’est un travail de l’ombre, invisible pour le public, mais profondément créatif : Ensemble, on cherche une couleur, une intention, une manière de faire vivre chaque mot, tout en laissant s’exprimer la personnalité de l’artiste.
L’intimité d’un concert permet de se hisser ensemble dans une autre temporalité, un autre imaginaire.
C’est aussi un espace où nous avons le pouvoir de faire passer des messages forts à travers nos programmations.
C’est un des aspects qui me plaît le plus : avoir la possibilité de construire des programmes qui racontent une histoire, créer des résonances entre les œuvres et inviter le public à écouter autrement.
Trouver ces jeux de miroirs et ces correspondances est passionnant. Une même œuvre ne raconte jamais exactement la même chose selon la place qu’elle occupe dans un programme. C’est aussi cette capacité à faire naître des résonances nouvelles qui fait sa richesse.
Il y aura également des récitals avec d’autres chanteurs dont Tamara Bounazou et Parveen Savart, et bien sûr les concerts de l’Académie, dans la maison et hors les murs.
